Covid-19 : témoignage du père Georges, confiné en République Démocratique du Congo Enregistrer au format PDF

Samedi 23 mai 2020
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Le 10 avril, le père Georges Mutshipayi écrivait : « Je vis au rythme que nous impose la pandémie du covid-19. J’essaie de respecter les consignes de protection et attends patiemment l’ouverture des ciels congolais et français pour regagner notre Bretagne. À Kinshasa d’où je vous écris, c’est la panique… » Père Georges espérait rentrer à Guingamp, mais cela ne fut pas possible. Il nous a envoyé au sujet de la situation dans son pays, un témoignage daté du 5 mai, les chiffres et les événements ont donc évolué. En voici l’essentiel. Père Georges a accompagné son témoignage d’une vidéo prise par lui-même dans les rues de Kinshasa ; à voir en fin d’article (cliquer sur l’icône) (J.P.)

Témoignage du père Georges

Le 19 mars 2020 sur l’écran de la télévision nationale congolaise, le Président Félix Tshisekedi ordonne l’état d’urgence sur toute l’étendue du territoire national. Dans les jours qui suivent, il annonce le confinement total sur la Gombé (anciennement Kalina), une des 24 communes que compte Kinshasa, la capitale, mégapole de 12 millions d’habitants. En effet, la Gombé est l’épicentre de la propagation du covid-19 en RD du Congo. Les premiers cas de contaminés – moins d’une dizaine – se comptent parmi les congolais revenus de l’étranger.

Malgré la vaste campagne de conscientisation menée, la vie dans la capitale poursuit son cours habituel sans que la population s’inquiète outre mesure. Le nombre des victimes ne cesse d’augmenter plus particulièrement dans la commune de Gombé. Les premiers décès sont enregistrés curieusement dans l’entourage du président de la République. Cependant beaucoup de gens sont dans le déni et minimisent le risque. Mais rapidement le nombre de cas déclarés [passe] à plus de 800 au début du mois marial. Sept provinces sur les 26 que compte le pays sont touchées, 90 % des cas dans la seule capitale.

Qu’est-ce qui a changé dans le quotidien des habitants de Kinshasa ?

Ils n’ont plus accès à la commune de la Gombé, centre des affaires, des commerces et des institutions de la République. Terminées les migrations pendulaires qui y drainent des dizaines de milliers de badauds en quête de quoi survivre. Le port de masques timidement suivi. La présence de points d’eau pour le lavage des mains. La vente, partout, de petits flacons de liquide désinfectant. Plus de salutations à la main ni de bisous.

Beaucoup de Kinois –habitants de Gombé - font la sourde oreille face aux mises en garde des décideurs politiques comme des. Des comportements et discours d’avant l’entrée de la pandémie à Kinshasa continuent d’être de mise. Non seulement le nombre des incrédules augmente mais en plus, les marchands de denrées de consommation courante dans les marchés et places publiques font leur commerce sans la moindre protection.

Que dire de la vie de l’Église ?

Depuis la déclaration de l’état d’urgence jusqu’à la solennité pascale, il a été autorisé de célébrer avec un maximum de 20 fidèles masqués et clairsemés dans les églises. À la suite des abus constatés dans certaines paroisses, l’interdiction formelle est tombée. Plus de messes dans les églises. Les messes télévisées sont une denrée réservée à quelques privilégiés qui bénéficient régulièrement du courant électrique. Les églises restant fermées, on aperçoit ici et là uelques fidèles viennent prier devant les grottes de la Vierge Marie. _ Pour un temps pas trop prolongé, nous l’espérons, la consigne du bon Pasteur qui exhorte ses brebis à prier ensemble – « Là où deux ou trois sont réunis en mon Nom… »- cette consigne ne sera pas de mise.

Chaque fidèle fait ou fera l’expérience d’une vie spirituelle tout intériorisée, toute confinée. Quant à la solidarité qui doit être vécue concrètement avec les plus fragiles, les plus démunis, elle se traduit par l’apport de biens en nature tout au long de la semaine. Je vis stoïquement cette situation depuis le 25 mars, date qui était programmée pour mon retour en Côtes d’Armor. La compagnie Ethiopian Airlines qui devait me ramener s’est vue interdite de survoler les espaces aériens congolais et français jusqu’à nouvel ordre. Après la petite lueur d’espoir suscitée par l’annonce d’un vol le 7 mai dernier, la porte s’est aussitôt refermée sans que la compagnie donne une quelconque explication. Dans la patience, j’attends une suite à la demande adressée à l’ambassade de France en R.D. du Congo […]

En lien avec les fidèles des 5 paroisses

À tous les fidèles de la Communauté Pastorale du Pays de Guingamp qui n’ont cessé de me témoigner leur proximité par divers mails et SMS, je dis un sincère merci. Dieu est aux commandes, comme le clament haut et fort, avec beaucoup de conviction, les croyants d’ici. Puisse Notre-Dame de Bon Secours, Notre-Dame des Fontaines porter nos supplications aux pieds de son Fils et nous obtenir une sortie heureuse de ce fléau inédit.

Amicalement et franchement.

Abbé Georges Muthsipayi.

La vidéo prise par le père Georges dans les rues de Kinshasa en mai 2020

Kinshasa mai 2020 - YouTube (360p

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