Editorial avril 2019 Enregistrer au format PDF

Mardi 9 avril 2019
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« Rabbouni, fais que je voie (Mc 10, 52) par Dominique Faidherbe

En cette période liturgique l’invocation de Bartimée, sur le chemin de Jéricho, devrait nous être quotidienne. Bienheureux temps du Carême qui nous invite non au repli mais à la prise de conscience et au dépouillement : temps de retrouvailles avec Dieu et avec soi. A quoi rime cette précipitation, ce débordement du faire et de l’instantané au détriment de soi et de l’autre ?

Fais que je voie, Seigneur, ceux que je bouscule, ceux que j’ignore ou que j’oublie alors que nous vivons, que nous travaillons ensemble. Arrête-toi, regarde, fais un détour et visite enfin celui ou celle qui t’espère depuis si longtemps ! Message reçu ? Bienheureux dimanche des Rameaux ! Temps d’acclamations et de gloire éphémère. Ce Jésus de Nazareth, sur le dos d’une ânesse, est accueilli par une foule enthousiaste d’avoir trouvé ‘’ le fils de David’’ qui va libérer le peuple de la puissance politique et romaine. Fais que je voie, Seigneur, cette foule agitant palmes et bouquets de buis comme des petits drapeaux ; foule, aujourd’hui dans la joie d’une libération, mais si malléable et versatile. Demain ce sera le déchainement de haine et d’insultes ( ‘’Crucifie-le !’’) contre celui qui ne nous offre pas instantanément la satisfaction de nos désirs. Rameaux et Passion intimement liés dans un seul dimanche : nos générosités, nos enthousiasmes et nos amours sont sensibles et éphémères et nos promesses si fragiles ( ‘’Je ne connais pas cet homme !’’ Mc 14,71) Fais que je voie et que je vive Seigneur cette Semaine Sainte où vie et mort s’entremêlent, où amour et trahisons traduisent notre faiblesse, où foule et extrême solitude accompagnent Jésus. Fais que je voie ta mère douloureuse qui suit et partage ton sacrifice. Fais que je retrouve le courage de ces femmes qui bravent l’autorité pour essuyer ton visage ou simplement t’offrir leurs larmes et leur compassion. Fais que mon regard ait la même intensité que celui de ce bandit que tu accueilles dans ton royaume.

Fais que ma bouche et tout mon être aient l’audace de proclamer comme le centurion au pied de la Croix : ‘’ Vraiment cet homme était Fils de Dieu !’’ Comme Pierre et Jean, fais que mes jambes et mon corps me permettent de courir jusqu’au tombeau pour comprendre l’incompréhensible : ‘’c’est alors qu’entra l’autre disciple, il vit et il crut ‘’ (Jn 20,8) Alléluia, Il est vraiment ressuscité.

Crée en chacun de nous Seigneur le même empressement à te trouver dans le pain eucharistique que tu nous offris le soir du Jeudi saint. Je le sais, Seigneur, tu as dit à Thomas : ‘’Heureux ceux qui croient sans avoir vu !’’, mais je te le demande encore ‘’Fais que je voie !…’’

Dominique FAIDHERBE, diacre