Editorial de septembre 2020 : « Le monde a changé… » (Odile Gardin) Enregistrer au format PDF

Dimanche 30 août 2020 — Dernier ajout lundi 31 août 2020
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« Le monde a changé, il s’est déplacé quelques vertèbres » (extrait de chanson « La fièvre » de Julien Doré)

Lundi 16 mars 2020, 17h 35. « Allo, Maman ? Le patron de ma boîte nous renvoie tous chez nous, en télétravail, dès ce soir. Les rumeurs sur Twitter disent que la France va être confinée demain. Tu peux venir me chercher ? Je suis trop chargé pour prendre le train et je n’ai pas envie de rester bloqué dans mon studio » 17h 45, je file vers Rennes. Nous rentrerons quelques heures plus tard après avoir embarqué le nécessaire et vidé le réfrigérateur à la hâte … Nous avons l’impression de fuir… Mardi 17, situation inédite et sidérante, le confinement est officiel !

Débutent alors de longues semaines d’informations anxiogènes. Nous avons peur. Peur de la maladie, de la mort, de l’incertitude des jours à venir…

Très vite, comme de bons petits soldats, il nous faut mettre ces angoisses en sourdine. N’est-ce pas, en effet, inconvenant de se plaindre « les fesses dans le canapé » (selon la formule d’un de mes proches) quand d’autres prennent des risques pour nous nourrir, nous servir, nous soigner ? L’héroïsation des soignants n’a-t-elle pas eu l’effet pervers, pour certains, de les contraindre à se taire et se sacrifier en allant « au front » sans protections ?

Et puis -performance oblige- nous devions réussir et optimiser ce confinement. Les conseils nous enjoignant de ranger, nettoyer, cuisiner, faire du sport et maigrir vont fleurir dans les médias ! Pas de place pour le laisser-aller et la possibilité d’exprimer éventuellement son mal-être…

Mais le plus difficile à vivre n’a-t-il pas été le manque de liberté ? Notre espace s’est restreint -enfermés à l’intérieur pour les plus chanceux, ou emprisonnés dehors pour les personnes sans domicile- avec l’obligation de remplir des attestations pour sortir, de vérifier si nous dépassions le temps et le périmètre impartis, et surtout il est devenu impossible de retrouver physiquement nos proches, de nous réunir dans les églises… Nous avons renoncé à cette liberté pour protéger les plus fragiles. Nous prenions conscience avec acuité du manque et du besoin des autres. Même si les nouvelles technologies nous ont permis de garder ou même renouer le lien avec les êtres chers… À l’heure où j’écris, nous ne pouvons toujours pas, spontanément, nous serrer la main, nous embrasser ou tenir la main de celui ou celle qui souffre… C’est douloureux…

Et si donc, paradoxalement, une expression de notre liberté n’était pas d’abord de s’attacher aux autres, de dépendre d’eux pour être heureux ? À l’heure actuelle, dans cette situation mondiale de Covid-19, cultivons notre liberté intérieure et faisons le pari de l’espérance, ce mouvement qui nous ouvre, tel un passage, à l’inattendu. Souvenons-nous que Dieu nous sauve en nous aimant, pour toujours, et sans condition. Acceptons aujourd’hui « qu’il y a un moment pour tout, et un temps pour chaque chose sous le ciel » (Ecclésiaste 3) en attendant que l’ostéopathe remette les vertèbres de notre monde en place !

Odile Gardin